Dossier du 26/08/2010
Elections présidentielles de 2012 en France : Scénario du 22 avril à l’envers ?
A 19 mois de l’élection présidentielle en France quelles sont les forces des parties en présence, quels sont les scénarios possibles pour cette échéance majeure pour la démocratie française ?
Avant de répondre à cette double interrogations, nous pouvons d’ores et déjà dire que cette élection, aura un enjeu considérable. Elle passionnera les citoyens encore d’avantage que celle de 2007.
Mais bien malin celui ou celle qui pourra dire qui sera président ou présidente pour diriger la France à partir de 2012.
Pour l’heureux (se) élu (e), la tâche s’annonce herculiènne, tant est immense les problèmes qui se poseront en France et au monde dans les 5 à 10 années à venir.
Mais avant d’aborder les scénarios possibles, essayons d’analyser l’état des lieux des forces en présence.
I : Elections présidentielles françaises de 2012 : les forces en présences.
A : les forces des Gauches
S’agissant d’abord des gauches, compte tenu de leur chance historique de pouvoir occuper enfin le fauteuil présidentiel depuis 1995, elles vont essayer de s’entendre pour ne pas connaître la mésaventure Jospin de 2002. Elles présenteront sans doute moins de candidats dès le premier tour.
Au Ps, l’entente apparente entre les ténors semble présager d’un consensus autour d’une candidature capable de battre Nicolas Sarkozy au deuxième tour si vraiment il y arrive.
Dominique Strass khan semble bien parti pour fédérer autour de lui un consensus. Au PS, certains ténors sont prêts à se sacrifier, à sacrifier leur destin personnel pour assurer la victoire de la gauche au second tour, en laissant leur ego de côté.
L’accord éventuel entre le parti de gauche de Melenchon et le PC, pour une candidature unique ne sera pas un obstacle majeur pour la candidate ou le candidat PS de passer le premier tour. Il sera judicieux pour ce camp de laisser exprimer cette mouvance très gauchiste pour préparer une réserve de voix dans la perspective du 2ème tour, même si la signature d’une plateforme de gouvernement est peu probable entre le front de gauche et le PS.
Même Jean Pierre Chevènement, Olivier Besansnot, ne sont pas une menace pour le candidat Ps, en cas où ils se présentaient à l’élection présidentielle.
Le cas des écologies auréolés de leur victoire aux Européennes est différent.
Leur université d’été, vient pratiquement de choisir Eva Jolie : cette franco-norvégienne, députée européenne et ancienne juge de la brigade financière, comme probable candidate des verts pour 2012, même si l’affaire n’est pas encore officielle.
Le Ps ou son candidat a plus tôt intérêt à élaborer une plateforme de gouvernement, à défaut d'une candidature unique avec le candidat des verts.
Là aussi pour des questions de stratégies et de réserve de voix et d’expression de toutes les sensibilités de gauche, il vaut mieux qu’il ait un candidat écologique à l’élection présidentielle dès le premier tour. Mais, cela ne risque-t-il pas de piquer les voix au PS et de connaître le scénario de 2002 ?
C’est peu probable. Car, la droite française deux ans après l'élection de Mr le Président ne va pas bien. Et l’électorat modéré, après avoir versé à droite, voir même vers l’extrême droite, revient au centre et à gauche.
B : Les forces des droites.
S’agissant de la droite, c’est une situation un peu différente aujourd’hui qu’il y a un peu plus de 2 ans quand Nicolas Sarkozy avait gagné les élections. Avec l’euphorie et de sa campagne et de sa victoire, l’opinion et une bonne partie de la classe politique s’étaient retrouvées à droite, avec un point culminant : celui de l’ouverture.
Avec des promesses non tenues, la crise, les scandales à répétitions (Epad, Cléarstream, affaire, Bettencourt/Woerth..), les politiques injustes menées (bouclier fiscal, identité nationale, expulsions des roms, les retraites, l’excès sur la politique sécuritaire..), les échecs, le président affaibli entraîne dans sa chute toute la droite républicaine.
Au centre de cette chute l’UMP suivie de ses partis satellites qui ont fait alliance avec elle et qui sont: le nouveau centre, le parti de Christine Boutin, celui de Jean Marie Bokel, celui, de De viliers..., Encore quelle est l’audience réelle de ces trois derniers partis dans l’échiquier politique de droite ?
Reste le problème du FN.
Le front national qui a célébré une grande victoire le 21 avril 2002 était ces derniers temps moins en forme, surtout qu’à partir de 2002, Nicolas Sarkozy, dans la perspective de se présenter en 2007 avait commencé à préparer les sympathisants et adhérents de ce parti à le rejoindre, pas forcement en prenant la carte de l’UMP quand il en devient le président en 2004, mais dans son discours et dans ses lois sur l’entrée et le séjour des étrangers en France.
De 2002, à aujourd’hui, pas moins de 4 lois sur ce thème votées par la lui ou ses fidèles serviteurs, pas forcement les serviteurs de la république sous le compte duquel on agit ainsi.
Il a réussi une partie de l’opération de séduction envers le front en 2007, le laissant très loin alors qu’il avait battu le candidat socialiste en 2002.
Mais comme il est en train d’échouer, dans quasiment tous les domaines (emplois, sécurité, justice sociale, politique africaine, école, santé...), contrairement aux promesses, les voies du Front sont en train de repartir vers la maison mère.
D’où aujourd’hui cette agitation, cette peur, voir même cette panique à l’Elysée, au gouvernement avec le spectre de ne pas se retrouver au second tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012.
Surtout que Dominique de Villepin, ancien premier Ministre, malmené par son ancien ami, dans l’affaire Clearstrealm est candidat, plus que probable en 2012, au côté du président sortant, Nicolas Sarkozy,de Nicolas Dupont Aignan de debout la république.
Reste en fin le cas du président du Modem.
Que vaut le Modem aujourd’hui comme force politique, depuis sa déroute aux européennes de 2009 et aux régionales de 2010, à part ses deux députés à l’Assemblée nationale et quelques sénateurs, sans oublier quelques conseillers municipaux et régionaux ?
Elections où il a perdu ses derniers ténors, comme par exemple l’ancienne Ministre de l’environnement Corinne Lepage.
Dans les démocraties modernes, un candidat qui n’a pas un appareil politique lourd, ce que l’on appelle vulgairement une écurie présidentielle, aura du mal à faire le poids, si par ailleurs il n’a pas un charisme qui sort du commun.
C’est bien le problème du Président du Modem : Monsieur Bayrou, François de son prénom.
Bien qu’assez charismatique, notamment pendant les joutes présidentielles, l’absence d’un parti fort et ancré dans l’opinion qui lui est acquis, est un sérieux handicap pour ses ambitions élyséennes.
Une fois passé en revu toutes ces forces politiques pour le rendez vous important de 2012, quels sont les scénarios qui peuvent se réaliser ?
II : Elections présidentielles de 2012, une élection très incertaine pour la droite.
Le premier scénario.
La candidature de Monsieur Sarkozy confrontée avec la candidature de Monsieur de Villepin, avec celle de Marine Lepen, qui aurait succédé à son père à la tête du FN, plus celle de Monsieur Morin, l’actuel Ministre de la défense, et de Monsieur Dupont Aignan, sans oublier celle de Monsieur Bayrou.
C’est à droite, le pire scénario que l’on redoute.
Les voix de l’extrême droite acquises en 2007, rejoindront la maison mère. L’échec du président sur ses thèmes de prédilection (insécurité, travail, immigration, nation..) divisera son électorat classique en quatre parts plus ou moins inégales.
Une partie lui restera fidèle (les catholiques traditionnels, les nationalistes et une infime partie de l’extrême droite machiste).
Une partie de la droite dite classique, rejoindra le centre droit de Morin (les républicains chrétiens).
Une autre rejoindra le centre gauche de Monsieur Bayrou (les démocrates chrétiens) et Dominique de Villepin (les gaullistes ou du moins ce qui en reste).
Enfin, une autre partie (la droite sociale et radicale), rejoindra la gauche et le parti écologique.
Avec cet émiettement des voix à droite, le Président sortant, malgré la qualité de son discours dans les derniers jours de campagne aura du mal à faire plus de 20 % au premier tour.
Ici, tout est possible.
Lepen fille, avec un discours raffiné, moins brut que celui de son père, axé autant vers l’immigration et l’Europe, que vers les enjeux économiques, pourra en étonner plus d’un. Et être la première des femmes à droite à être présente au second tour n’est pas simplement une élucubration intellectuelle, surtout si au même moment, Bayrou, reprenant du poil de la bête, parce que son discours sur l’endettement de la France reprise en 2011, fait mouche, confirmant ses prédictions de 2007.
Parce que, l'endettement de la France est un des enjeux majeurs de l’élection de 2012. A moins que d’ici 2012, la rigueur annoncée par les mesures gouvernementales en 2010/2011, porte ses fruits en début d’année 2012.
C’est dans ce sous scénario, seulement que le président sortant, pourra conserver quelques voix, qui seraient parties vers le Modem ou vers Dominique de Villepin, pour espérer être présent au second tour.
Parce que la préoccupation du président actuel, n’est pas de gagner l’élection en 2012.
Sa préoccupation aujourd'hui est d’abord d’assurer sa place en 2ème tour, pour que, comptant sur une division à gauche entre les écolos et le PS par exemple ou un mauvais report de voix entre ces deux formations, il passe en force ou en finesse. Hypothèse peu probable. La gauche veut une victoire à la présidentielle après tant d’échecs.
Ici, on s’acheminerait vers un 22 avril à l’envers : l’élimination du président sortant dès le premier tout. Cela sera une première sous la 5ème république et humiliant pour la victime et son parti.
C’est ainsi qu’aujourd’hui les manœuvres, les grosses, sont montées par le président et ses fidèles, pour que ce cauchemar n’arrive pas, y compris, brader un certain nombre de principes de la république….Les Roms aujourd’hui en sont des parfaites victimes. Les condamnations et l'indignation nationale et internationales sont là pour illustrer notre propos.
Deuxième scénario :
A moins que, raison gardée, le président, après avoir écouté les oreilles les plus attentives de son camp, se retire de la course. Et là aussi, ce n’est pas la solution idéale pour la droite qui se retrouverait soudainement sans candidat crédible. Parce que Jean François copé, ne sera pas prêt. Alain Jupé, le revenant, aura une image de vielle personnalité de la politique mêlée à la chiraquie et à ses scandales, bien qu’il en ai déjà payé sa part. On ne voudrait plus des revenants comme lui. Dominique peut faire un bon score en ce moment, mais les Sarkozystes, purs et durs lui feront la peau dans les urnes.
Reste Bayrou. C’est d’ailleurs le seul scénario crédible qui peut permettre à Monsieur Bayrou d’aller au moins au deuxième tour et affronter un socialiste ou une socialiste.
3ème scénario
Les primaires du Ps ne se passent pas du tout comme prévu. Au final, on sort avec une guerre fratricide entre les ténors du PS et de l'absence d' un vrai projet politique. Le candidat gagnant cette primaire n’a pas l’adhésion du parti et d’une bonne partie de l’opinion et des militants. Il n’a donc pas suffisamment de légitimité, pour asseoir son autorité.
C’est un scénario dans lequel Dominique Strauss khan, effrayé par la tâche qui attend le futur locataire de l’Elysée décline les appels du pied et de la majorité des militants et de l’opinion socialiste et nationale qui veulent d’un président qui vienne réparer la France, après le sarkozysme, un peu comme Obama Barack venant sauver l’Amérique de l’après Bush Junior.
Ici, le bal des ego recommence. Pas de véritable leadership, pas de véritable politique alternative. Ici, Nicolas Sarkozy restant candidat peut profiter de cette absence de maturité politique de ses adversaires, pour faire un coup de maître. Hypothèse quand même peu probable, même en cas, de non candidature de DSK.
Au final, après ces hypothèses, nous ne savons pas encore qui va être président de la France en 2012, même si nous avons notre petite idée, d’ores et déjà, sur celui qui ne le sera probablement plus. A vous de faire votre propre opinion après lectue de cette analyse que nous venons de vous livrer.
Bonne visite et à Bientôt.
Michel Okemba-Ongouya
Administrateur du site www.ethique-et-affaire.com
Gérant/associé du Cabinet Etika Consulting