Les révolutions arabes

La pieuvre tunisienne et ses conséquences dans le monde

Cette révolution de la rue qui a commencé en Tunisie en décembre aux alentours du 15/16 décembre 2010, n’a pas finit de faire des victimes.
Bien malin, celui qui nous dira où elle va s’arrêter.
Elle se manifeste aujourd’hui comme une pieuvre.
Cette bête des océans aux longs bras qui avale tout sur son passage.
Après la Tunisie l’Egypte aujourd’hui, c’est la Libye.
Demain à qui le tour ? S’arrêtera t-elle seulement dans les pays arabo-musulmans ou alors pourra-t-elle envoyer ses longs bras au-delà de ses océans ?
Difficile aujourd’hui de répondre à cette question.
Une chose au moins est sûre, c’est qu’elle donne des insomnies non seulement aux dictateurs tropicaux mais aussi à ces régimes que l’on appelle les démocraties, mais qui n’ont pas su répondre aux attentes de leurs concitoyens. Désormais en dormant, notamment dans les pays tropicaux ; ces dictateurs, ont un œil ouvert vers leurs immenses fenêtres de leurs immenses résidences et une oreille tendue pour essayer de capter, pour ne pas être surpris, les éventuels bruits venant de la rue pour crier par exemple dehors…, dehors Ali Bongo, dehors, Moungabé, dehors Dos Santos, dehors Sassou…. que savons-nous encore !
Tous ces dictateurs au sud du Sahara voir en Asie. Oui nous parlons de l’Asie où se trouvent la Chine et la Corée du Nord. Parce que cette pieuvre aux longs bras pourra aussi y sévir.
Pourquoi ce qui serait permis ou encouragé en Egypte, en Libye, en Tunisie…, soit interdit dans ces eaux là, soient-elles profondes ?

Un pouvoir politique qui perdit pied sans s’en rendre compte

Mais avant de voir les conséquences à court et moyen terme de cette révolution tunisienne faisons un ZOOM sur le monde aujourd’hui.
Pourquoi une telle révolution, pourquoi maintenant, pourquoi dans les pays arabes…… ?
Le problème c’est que l’arrivée d’Internet a changé radicalement la donne en terme de rapport de forces. Ce changement que les, soit disant, experts n’ont pas su mesurer la porté à sa juste valeur. Tout simplement par ce que parmi ces experts, ou leaders rares sont ceux qui ont domestiqué cet outil extraordinaire dans son utilisation, son influence et sa capacité à éduquer et à instruire. Obama, ce génie de la politique outre atlantique fait office d’exception à cette incompétence des experts à l’ère Internet, puisqu’il doit son élection à la tête des USA en partie, grâce à cet outil.
Oui Avec l’arrivée d’Internet, alors que l’éducation ou l’enseignement public dans la plupart des pays du monde avait du mal à suivre les demandes en formation et éducative de leurs peuples, l’Internet et le haut débit ont pris le relais.
C’est ainsi que tranquillement, vaille que vaille, ces peuples ont su, via cet outil, malgré la censure (Chine et d’autres pays africains) capter les enjeux du monde, s’informer, s’éduquer, à moindre frais parfois, à la démocratie, à la justice, aux droits de l’homme….
Toutes ces choses que les hommes forts dans leur pays cachent souvent.
Ils ont eu soif, de vouloir devenir comme leurs maîtres, d’accumuler le savoir, la richesse, la notoriété, la reconnaissance…. Toutes ces choses qui rendent ou donnent la dignité à l’homme du 21ème siècle.
Face à ces nouvelles demandes de leurs peuples, les pouvoirs locaux, par incompétence, par ignorance, par cupidité, égoïsme, immoralité…, ont soit fait la sourd d’oreille, soit la mue, voir l’arrogance, en disant que nous avons toujours les pouvoirs entre nos mains, en les gérant de façon primaire, archaïque, et patrimoniale, un peu comme au 19ème siècle : temps où le monde était encore cloisonné, figé ou bougeait lentement, où il était difficile pour les peuples aspirant à la liberté de se mouvoir, de se déplacer, de voyager, un instant, en un temps record, ne serait-ce que virtuellement d’un bout à l’autre…
Ici, nous pouvons d’ailleurs vous renvoyer à un de nos articles que nous avons publié « Ethique et pouvoir », dans notre rubrique : les publications d’Etika, il y a un plus d’un an. Ici nous dénoncions déjà l’arrogance des hommes de pouvoir qui écrasent tous sur leur passage.
Ce qui arrive aujourd’hui et surtout demain, n’est que le juste retour des choses.
Rassurez vous, nous n’annonçons pas la fin du monde, ni la venue du messie. Mais tout de même ?
Comment l’homme de pouvoir, celui qui est sensé détenir et le pouvoir, et le savoir, puissants ingrédients de sa domination sur les bas peuples n’a pas su voir ses propres errements, ses propres excès ?
Ah, Nous regrettons sans doute le temps du communisme, point qu’il fût porteur de salut pour l’humain, où les deux blocs Ouest Est s’opposaient… Mais au moins il y avait match nul comme disent les footballeurs !
Les analystes en géostratégie parlaient à cette époque de l’équilibre des forces entre le bloc soviétique et le bloc occidental.
D’un côte les USA avec ses membres et de l’autre l’URSS avec ses satellites. Dans ce monde où chaque camp se nourrissait des critiques de son adversaire pour éviter ses propres excès.
Ce monde bipolaire effondré après le mur de Berlin en 1990, a engendré un autre monde. Ce dernier en ce jour de 1990 où l’on croyant enfin porteur de bonheur et de prospérité pour tous, nous a donné que l’illusion. Quel désenchantement !
Du monde bipolaire ou monde multipolaire avec plusieurs maîtres possibles discutant le leadership, le tout encerclé par un libéralisme économique suicidaire et son cortège de souffrances, on passe du monde de la « responsabilité » à celui de l’irresponsabilité, de l’immoralité, de l’injustice insoutenable (cf. notre article sur le bilan des indépendances africaines : 50 après, où nous dénoncions les injustices insoutenables au sud du Sahara, notamment des les pays pétroliers d’Afrique Centrale, parmi lesquels le Congo Brazzaville), de la cupidité, du mensonge en haut lieu, dans des palais soit disant de la république, y compris en France aux USA…
Souvenons nous de la création de l’Union de la méditerranée où Moubarack Hosni, l’ami d’hier fût nommé vice président ?
Souvenons nous de l’accueil en fanfare de l’ami Kadhafi sous une luxueuse tente à l’Elysée….
Cela avait coûté le poste de Secrétaire d’Etat aux droits de l’homme à Rama Yade, pour avoir critiqué la réception en grande pompe de l’ami Kadhafi, bien qu’il ait pu participer à l’assassinat des compatriotes….
Ah, nous avons oublié de dire que les pays n’avaient jamais d’amis, mais que des intérêts à sauvegarder….C’est ce que l’on appelle la real politic, en anglais, s’il vous plait.

Avec Internet, l’endettement colossal de la plupart des pays du monde, endettement du à la corruption, au vol, à la cupidité… à l’exception de quelques uns, les pouvoirs politiques locaux, aujourd’hui, ces derniers n’ont plus de ressources à donner, à distribuer. Ce qui faisait leur puissance. Le peu qu’ils avaient, était déjà placé dans des comptes à l’étranger et dans des paradis fiscaux. Ce qui est normal à leurs yeux.
Comment voulez vous qu’il eût été autrement ?

Puisqu’ils sont venus au pouvoir dans des conditions douteuses, et ils s’y sont maintenus en trafiquant les résultats dans les où il ya vait élection, ils devaient mettre à l’abri ce pour lequel ils se sont battus : l’argent du peuple. Et tout cela au vu et au su de l’ami en occident. Ici, on pourrait accuser ce dernier pour complicité de crime contre peuple en danger on non assistance à peuple en danger.
Ah les banques occidentales, il faut bien qu’elles gagnent aussi un peu dans cette tune amassée par ce monde politico-économico-mafieux : entre certaines "élites" du nord et certaines du Sud

Mais le problème c’est qu’ils ont oublié que les pays n’ont jamais d’amis, mais que des intérêts.
Comme ces dictateurs sont devenus très toxiques, il faut se débarrasser de leurs produits toxiques en faisant par exemple bloquer leurs gigantesques et nombreux comptes bancaires à l’étranger, alors que hier ils étaient choyés, caressés, dorlotés, traités à tous les égards, comme des Dieux sur terre, Des DIEUX VIVANTS au mépris des droits, à la vie, à un peu de dignité... des peuples pour lesquels ils étaient les soit disant représentants.

Demandez à Moubarack et à Ben Ali, comment ils étaient traités et comment ils ont amassé ces fortunes et où ils les ont gardées ?
Michelle Alliot Marie, alias MAM, pourra peut être vous donner un petit commentaire à ce propos, elle qui voyageait en Tunisie et qui faisait aussi…. en l’absence de Ben Ali donné pour mort après son attaque cardiaque.

AHHH, Il y a quand même, une justice sur cette terre. Pas forcement celle qui vient du ciel.
Vous ne saviez pas que terre et ciel communiaient pour le bien des opprimés et des sans voix et sans toit ?

ET DEMAIN ?

A notre humble avis la pieuvre n’a pas fini de tendre ses longs bras pour attraper d’autres victimes.
Il n’y a pas que les dictateurs tropicaux qui doivent à moitié dormir, les démocraties occidentales ne sont pas à l’abri.

S’agissant des dictateurs, il y a deux choses qui peuvent arriver.
Soit ils anticipent des changements à la hauteur des demandes de leur peuple respectif : besoin de se soigner, de s’éduquer, de se loger, de se s’habiller et d’exprimer un peu leur opinion sur le choix de leurs propres dirigeants correctement.

Ils pourront ainsi éviter la main violente de cette pieuvre. D’ailleurs les peuples dans ces pays n’ont jamais eu des exigences outrancières. Ils ne demandent pas à manger du caviar, ni à boire du champagne, voir à se loger dans des châteaux. Ils demandent simplement le minimum vital et digne.
Quelques Chefs d’Etat l’avaient bien compris, y compris par exemple Kadhafi. Puisqu’il avait réussi à donner à manger à son peuple et même à celui de ses voisins à qui il donnait du travail, bien que restant l’un des plus grands dictateurs de ces 40 dernières années.

Il va tomber par sa proximité avec cette pieuvre (effet de mode sans doute) ou/et par plus de 40 ans de règne sans partage. C’est l’usure du pouvoir ?
Ce qui est différent des cas tunisien et égyptien. Là bas, ce furent des chefs prédateurs et kleptocrates, des bandes mafieuses à la tête des fortunes immenses les partageant avec leur famille, amis et proches, pendant que le peuple croupissait sous une misère insupportable, et ceci, hélas sous les yeux très intéressés de l’occident. Moubarack environs 70 milliards de dollar qu’il aurait détourné. Et Ben Ali avec son camp Traboulsi n’est pas en reste. C’était soit disant le prix que les peuples de ces pays devaient payer.
C’était ça ou l’islamisme soit disant !
L’Egypte, l’Algérie, la Tunisie dans une moindre mesure,… furent vus par l’occident à tort ou à raison, pendant ces dictateurs comme des remparts contre l’islamisme au Maghreb.

Soit alors, ces les autres dictateurs croyant toujours à leur force indéfectible sans anticiper l’arrivée de la pieuvre et sans organiser de façon responsable leur succession comme des bons pères de famille,… alors là, la pieuvre risque de les manger tout cru comme elle l’a fait pour ses premières victimes.

S’agissant ensuite des démocraties occidentales et des pays émergents on pourra d’ores et déjà, poser la question suivante à qui profite le crime USA, Europe, Chine, Inde, Brésil… ?
Ici, plusieurs hypothèses sont à envisager.

D’abord la capacité pour ces pays à résister à la pieuvre venue de Tunisie, dépend de leur capacité à gérer leur propre pieuvre. Autrement dit, plus ces états seront forts et justes dans la gestion de leur espace politique, géographique et économique, plus ils anticiperont les conséquences de cette pieuvre.

Plus, ils seront justes vis-à-vis de ces peuples aujourd’hui un peu déboussolés, plus ils éloigneront à tort ou à raison les craintes de l’islamisme qui pourra éventuellement prendre les places laissées vacantes par les dictateurs.

Mais il est sans doute trop tôt de tirer des enseignements puisque la liste des noms des pays victimes de la pieuvre mangeuse de dictature pourra encore s’allonger.

Dans le cas où malheureusement aucune anticipation n’est faite nulle part ailleurs dans le reste du monde, nous pourrons assister à l’avènement de l’hyper empire, prélude de l’hyper conflit.
Ces dangers qui guettent le monde, et si bien décrits par Jacques Attali dans SA BREVE HISTOIRE DE L’AVENIR. Il livre à lire absolument. Et ça, sera une autre histoire.

Pour un monde plus juste et plus humain.
Michel Okemba-Ongouya
Gérant/Associe du Cabinet Etika Consulting
Administrateur du site www.ethique-et-affaire.com